L’ère du loisir créatif..

Avant, il y avait le loisir tout court. L’homme moderne, qui pouvait aussi être une femme, se reposait du travail par le sport, les voyages, la lecture.

 

« Aujourd’hui, nous sommes entrés dans l’ère du loisir créatif. Il s’agit de s’exprimer, de montrer aux autres sa personnalité, par des objets que l’on a fabriqués soi-même », explique Meriem Varone, directrice éditoriale chez Dessain et Tolra, maison d’édition spécialisée. Enfiler des perles, peindre des poissons sur la céramique de sa salle de bains, réaliser des cadres photos... Tout cela fait fureur. Même le macramé redevient tendance. Mais attention, ne pas confondre le macramé 2004 avec le macramé soixante-huitard, façon « Do-it yourself ». "Le Do-it yourself" renvoyait à la notion d’économie réalisée, avec une forme de contestation de la société de consommation. Aux Etats-Unis, où le terme a été inventé, on préfère désormais celui de "crafts". En France, on parle de loisirs créatifs, le mot important étant "créatif’" », précise Meriem Varone. Les professionnels surfent sur la vague. DMC, leader mondial du fil, a créé l’enseigne Loisirs et Créations soit 12 magasins, dont 8 en Ile-de-France, qui ne désemplissent pas, à l’image de celui du Carrousel du Louvre (1er). La maison Rougier et Plé - trois étages, en face du Cirque d’Hiver, dans le 3e- a fusionné avec Graphigros, et appartient désormais à Artacréa, lui-même détenu majoritairement par un fonds de pension américain. « Nous avons fermé certaines activités, comme le moulage, qui s’adressaient surtout aux professionnels. A la place, nous proposons des ateliers de peinture décorative, de fabrication de bijoux ou de bougies », raconte une vendeuse, qui ajoute : « Désormais, nous sommes priées de ne plus utiliser le mot de bricolage, mais celui d’artisanat. » En novembre dernier, Artacréa a même ouvert Créa, temple du loisir créatif façon troisième millénaire, chic et élégant. Première adresse parisienne : 55, rue Saint-Placide (6e).

« A la fin des années 80, DMC avait déjà tenté, dans le centre commercial Créteil-Soleil, de monter un magasin dédié aux loisirs créatifs, mais c’était trop tôt ; l’explosion actuelle est sans doute liée, aussi, à un effet 35 heures », estime l’éditeur spécialisé Didier Carpentier. « Nous assistons à l’émergence d’un secteur, confirme Dominique Bosch, secrétaire générale de Créaplus, syndicat regroupant les professionnels du secteur. Les Français ont dépensé 775 millions d’euros en 2003 pour acheter des produits de loisirs créatifs. Par rapport au bricolage, ce marché est encore nain, mais plus pour longtemps : les grandes enseignes de bricolage commencent à proposer des rayons spécialisés. » Les innovations des produits sont pour beaucoup dans cette effervescence. « Avant, il fallait un four spécial pour cuire la peinture sur céramique, continue Dominique Bosch. Aujourd’hui, il existe des produits qu’on peut passer dans le four de sa cuisinière. » Quant aux motivations, si elles ne sont plus économiques, elles n’en sont pas moins profondes. Il s’agit de créer quelque chose qui parle de soi, mais aussi de l’offrir, de transmettre un patrimoine aux proches. « J’ai reçu un couvre-lit fait main de ma grand- mère, c’est un souvenir. Moi, j’ai mis beaucoup de temps et de cœur à réaliser les parures de bagues et de boucles d’oreille en cristal de Swarovsky que j’ai offertes à mes sœurs », explique Sophie, documentaliste de 40 ans. La fin d’une époque où loisir rimait avec oisiveté ?
Source : Lisa Telfizian - Nouvel Observateur

 

 
















































 

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